L'histoire fruitière des fruits que nous connaissons est récente.

ARBOFRUITS a été créée pour accompagner cette dynamique de nouvelle production fruitière.

Pour mémoire : les fruits avant ARBOFRUITS

Dans son essai n°484 non daté, Jean-François Cherrier (CTFT) mentionne les fruits de plusieurs végétaux ligneux indigènes cueillis par les kanak et mangés nature ou cuits :

  • Ficus
  • Morinda citrifolia (zones littorales)
  • Terminalia spp.
  • Olea paniculata (zones basses)
  • De nombreuses myrtacées (Jambosa, Eugenia, Caryophyllus, Myrtus) (arbres et arbustes de forêts)
  • Bruguiera ou palétuvier rouge (fruit gratté et cuit à l’étouffé)
  • Rhizophora ou palétuvier blanc (fruits mûrs en partie germés placés dans des trous dans de la vase saumâtre pour y macérer puis consommer après cuisson ou râpés et cuits à l’étouffé roulés dans des feuilles)
  • Elaeocarpus ou Cerisier bleu
  • Semecarpus ou Goudronnier (partie charnue de la base du fruit très recherchée)
  • Sapotacées diverses à gros fruits.

A ces fruits doivent être rajoutées les nombreuses variétés de bananes, cannes à sucre, arbres à pain et cocotier déjà présentes dans l’agriculture kanak.

La plupart de tous les autres fruitiers ont été introduits aux différentes étapes de la colonisation de l’île entre le 18ème et le 19ème siècle.

En 1793, le jardinier de D’entrecasteaux (ce dernier est à la recherche de Cook) introduit et donne aux kanak de nombreuses graines de légumes divers (André Guillaumin, 1953), du maïs et des citrus (selon Christophe Sand, 2013). Mais c’est à partir de 1843 (missionnaires maristes) et principalement entre 1860 et 1880 que les principaux fruitiers tropicaux vont être introduits et diffusés par les réunionnais, les établissements agricoles notamment de la pénitentiaire (Fonwhary, Nemeara, Koé, etc.). Ainsi, selon Guillaumin (Muséum d’Histoire Naturelle), se répandent notamment les orangers (1855), les anones (1857), les manguiers (1859), les citronniers et mandariniers (1860), les goyaviers et la pomme liane (1861), les papayes, les letchis, les fruitiers tempérés, la vigne, les fraises etc. La plupart de ces fruits diffuseront dans les exploitations et jardins des colons et déportés ainsi que de leurs descendants.

Pour Christophe Sand (communication orale, 2013), ce référentiel nécessiterait une réactualisation complète mais pour l’archéologue, ce qui est certain c’est que certains fruitiers ont été intégrés par la société kanak immédiatement après leur introduction. Cette intégration se faisant dans la structure de l’espace traditionnel (allées de manguiers, orangers par exemple). Le fruit indigène fait partie des contes kanak mais les fruits introduits également preuve de l’intégration très rapide de ces nouvelles richesses [Les enfants de l’oranger (Tyé, 1966, Sébastien Pwagu, Jean-Claude Rivierre)].

L’histoire de la mandarine de Canala en est un exemple remarquable. On évoque les graines de citrus emportées par les marins des santaliers qui plantaient pour améliorer à leur retour le quotidien dans les îles mais aussi et surtout le rôle des pères maristes avant l’implantation des colons. L’association des caféiers et des mandariniers dans les plantations permettait aux kanak de planter pour eux mais aussi pour vendre jusqu’à Nouméa (années 1960) [Cf. : http://www.province-nord.nc/documents/dossiers/Mandarine.pdf]

Les fruits sont aussi parfois des symboles très forts attachés à la culture originelle des déportés et des vecteurs essentiels de sa survie au-delà du déracinement, dans la nouvelle terre d’implantation. En témoigne le travail de Melica Ouennoughi sur l’introduction du palmier dattier et de la tradition phœnicicole des arboriculteurs algériens déportés en Nouvelle-Calédonie de 1864 à nos jours [Les déportés maghrébins déportés en Nouvelle-Calédonie et l’histoire du palmier dattier de 1864 à nos jours. Melica Ouennoughi .379 pages. 2005. L’harmattan]

Jusque dans les années 1970, le verger calédonien reste constitué de petites plantations de quelques arbres et en agriculture calédonienne, souvent associée en ombrage au café (J.C Praloran, 1971 in MFE Pauline Delbarre, ISTOM-ARBOFRUITS 2013). Entre 1970 et 1986 de petites plantations sont subventionnées via les dispositifs FADIL-ODIL. C’est à partir de 1987 que l’ « opération fruits » va lancer à plus grande échelle l’implantation de vergers (420 ha implantés, MFE P. Delbarre), faisant le lien avec l’émergence d’ARBOFRUITS au début des années 1990. La pression de plantation fruitière la plus importante de l’histoire calédonienne se situera entre 1995 et 2005 mais se poursuit encore jusqu’à ce jour. Ce développement coïncide avec la naissance et la trajectoire en cours de l’association ARBOFRUITS.

Les fruits pourraient être le cœur d’une histoire passionnante du pays. Ce raccourci bien succinct, incomplet et bien entendu sans aucune prétention historique nous montre cependant qu’ARBOFRUITS, comme nous allons le voir, y prendrait déjà une place importante.

La trajectoire historique d’ARBOFRUITS : 1989 à 1991 : la création

En 1989 et à la suite de l’administration directe, l’État pèse encore dans l’administration et le développement avec la Direction territoriale de l’agriculture et l’ADRAF « État ». Celle-ci conventionne dès 1990 avec les provinces des « opérations » dont l’« opération fruits » lancée depuis 1987.

La vision de l’ADRAF est d’accompagner la restitution des terres aux kanak par des mises en valeur dont l’arboriculture. Du côté de la Direction de l’agriculture, il s’agit de créer une profession fédérant les producteurs pour faire émerger une chambre d’agriculture. En 1989, les provinces se structurent et n’ont pas encore élaboré leurs codes des investissements ou de développement (CODEV).

En 1990 l’ERPA lance un inventaire fruitier pour pouvoir mettre en place une politique de régulation de l’import.

Sandro Cargnelli sillonne le territoire pour l’inventaire et établit un réseau dans les trois provinces en identifiant le potentiel fruitier.

La nouvelle donne issue des accords de Matignon avec la réforme foncière débouche sur des réinstallations de familles calédoniennes déplacées de la côte Est et du Nord principalement vers le Sud-Ouest de la grande terre. Ces agriculteurs de souche représentent un nouveau potentiel de développement rapidement opérationnel dans leur nouvelle région d’installation, principalement en province Sud.

La station fruitière de Pocquereux se développe avec l’IRFA puis le mandat du CIRAD. Véritable « parc à bois », elle accompagne le développement d’arboriculteurs professionnels au Sud et de l’ « opération fruits » en terres coutumières principalement au Nord et aux Îles.

Quelques agriculteurs du Sud souhaitent être aidés dans le développement de leurs exploitations fruitières et dans l’organisation d’une filière commerciale. Les pôles de production en plein essor sont La Foa et plus au sud le Mont-Dore, Païta et Dumbéa (oranges, bananes). Ils constituent dès l’origine la plateforme fondatrice d’ARBOFRUITS dont ils vont prendre en main le leadership. Dans un premier temps cette dynamique concerne plus le sud.

Vient ensuite la nécessité d’ouvrir ARBOFRUITS au Nord et aux Îles pour être soutenu par les collectivités. L’approche territoriale devient de fait incontournable dans le contexte politique post-accords de Matignon.

En terres coutumières, la nouvelle configuration politique et institutionnelle mobilise une petite paysannerie kanak, souvent dans une démarche militante de développement. La continuité des dispositifs FADIL-ODIL-ADRAF puis ceux des provinces avec leurs codes de développement sont valorisés sur l’arboriculture fruitière par des micro-projets. Ces réseaux font émerger des petits producteurs plus ou moins en devenir, prêts à rentrer dans cette association qui peut aussi symboliser la volonté de travailler ensemble. Planter des arbres et récolter des fruits procède aussi de la stratégie de réappropriation foncière et de construction d’une indépendance alimentaire et économique.

Le 20 juillet 1991 l’association ARBOFRUITS est créée.

Son objectif premier est d’être une organisation de liaison pour la commercialisation des fruits de ses adhérents qui ont obligation d’apporter la totalité de leur production à ARBOFRUITS.

L’association compte une 50aine d’adhérents issus des 3 provinces.

 

Esther Soury Lavergne est la première présidente

Sandro Cargnelli est le premier directeur